La Forge, la parole aux salariés d’Erasteel
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- Publié le
- Mis à jour le 23 juin 2026
Le nouveau numéro du magazine municipal est actuellement en cours de diffusion dans les boîtes aux lettres des Commentryens.
La Municipalité a souhaité consacrer sa couverture à la mobilisation autour d'Erasteel afin de rendre hommage aux femmes et aux hommes qui, depuis les annonces du mois de novembre dernier, se sont battus avec dignité, détermination et solidarité pour défendre leur outil de travail et l'avenir industriel de Commentry.
La tribune rédigée par les salariés d'Erasteel, publiée dans le magazine, a toutefois dû être raccourcie pour des raisons de mise en page. Afin de permettre à chacun d'en prendre connaissance dans son intégralité, nous vous proposons de la retrouver ci-dessous dans sa version complète.
Tribune des salariés d'Erasteel
(version intégrale du 13 mai 2026)
Le lundi 3 novembre 2025 restera gravé dans les mémoires comme un jour de sidération. Les annonces faites ce jour-là ont été reçues comme un véritable coup de massue par l’ensemble des salariés. En quelques instants, c’est tout un équilibre de vie, des années d’engagement et une histoire collective qui ont vacillé.
Et pourtant, loin de céder à l’abattement, une formidable énergie s’est immédiatement levée. Très vite, une dynamique collective s’est mise en place, portée par des techniciens de tous horizons, unis par une même volonté : refuser l’inéluctable et croire encore à une autre issue. Ensemble, ils ont mis leur savoir-faire, leur expérience et leur fierté du métier au service d’un projet alternatif.
Grâce aux compétences et au professionnalisme de chacun, une solution solide et économiquement viable a été construite. Elle permettait de préserver une centaine d’emplois et de sauvegarder l’intégralité des équipements du site de Commentry. Au-delà des chiffres, c’était surtout l’espoir de maintenir en vie un outil industriel, une identité, une communauté de travail.
Mais malgré cet engagement sans faille, malgré le soutien de l’intersyndicale, la direction d’Erasteel a fait le choix de ne pas accompagner cette voie. Elle a préféré poursuivre son projet initial : la suppression de 190 postes, soit près de 80 % des effectifs. Une décision lourde de conséquences, qui a laissé un sentiment profond d’incompréhension et d’injustice parmi les salariés.
Tout au long de la procédure de PSE, les équipes ont pourtant continué à faire preuve d’un courage admirable et d’un professionnalisme exemplaire. Dans un contexte de grande incertitude, chacun a tenu son poste, avec dignité, détermination et un attachement intact à son métier. Cette mobilisation collective a permis d’arracher des mesures d’accompagnement bien plus dignes que celles initialement prévues, alors que seule une réponse minimale avait été envisagée.
Parmi les actions menées, certaines resteront comme le symbole de cette volonté de ne pas abandonner. Le rapatriement sur site du nouveau pont de coulée de l’aciérie, capable de lever jusqu’à 60 tonnes, en est une illustration forte. Ce geste n’est pas anodin : il traduit la conviction que le site a encore un avenir, qu’il mérite d’être prêt, le jour où un repreneur industriel décidera de lui redonner vie.
À ce jour, aucune solution concrète n’a encore émergé. Mais l’espoir, lui, refuse de s’éteindre. Tout a été fait pour arrêter les installations avec soin, dans le respect de l’outil de travail, afin de préserver la possibilité d’une renaissance. Comme si chacun, au fond de lui, refusait de dire adieu définitivement à ces fours, à ces machines, à ce lieu chargé de mémoire.
Aujourd’hui, c’est une autre épreuve qui se joue, plus silencieuse mais tout aussi douloureuse. Celle des départs. Depuis plusieurs semaines, les collègues et les amis quittent l’entreprise les uns après les autres. Souvent, ces départs se font dans la précipitation, sans même avoir le temps d’échanger un dernier regard, une poignée de main, un au revoir digne de ce nom. La procédure, accélérée, laisse derrière elle un sentiment d’inachevé et beaucoup de tristesse.
C’est le cœur lourd que chacun, à son tour, vide son casier, rassemble ses affaires, et referme une porte derrière laquelle restent parfois des décennies de travail, de souvenirs, de liens humains tissés au fil du temps. Car au-delà des emplois, c’est aussi une véritable famille professionnelle qui se disperse.
Dans cette période sombre, marquée par l’incertitude et l’émotion, les salariés tiennent à exprimer leur profonde gratitude. À toutes celles et ceux qui, de près ou de loin, leur ont apporté leur soutien, leur présence, leurs mots, leurs gestes : merci. Ce soutien a été précieux, et restera gravé dans les mémoires.
Et malgré tout, une conviction demeure, presque intime : l’histoire de la forge de Commentry n’est peut-être pas terminée. Les atouts du site sont là, bien réels. Beaucoup continuent de croire qu’un jour, un industriel saura voir ce potentiel, et aura la volonté de lui redonner vie.
Parce qu’au fond, au-delà des machines à l’arrêt, il reste une flamme. Et cette flamme, elle ne demande qu’à renaître.
Dorian DURBAN, salarié et délégué syndical d'Erasteel
Remerciements à Bernard Lavilliers, l'Harmonie Commentryenne et ses invités, les enfants des écoles, les choristes de « Sol Mineur » et les forgerons d'Erasteel.